Quand le contrat de confiance est rompu
Entre devoir de payer et devoir de gérer
Entre le syndic et les copropriétaires existe bien plus qu’une simple relation administrative : il existe un véritable contrat de confiance.
Les copropriétaires acceptent de verser régulièrement leurs charges, parfois au prix d’efforts financiers importants, parce qu’ils considèrent que ces sommes seront utilisées pour entretenir, préserver, sécuriser et améliorer leur cadre de vie.
Ce contrat implicite repose sur un principe simple : les copropriétaires paient, le syndic agit.
Les premiers remplissent leurs obligations financières ; le second doit remplir ses obligations de gestion, d’entretien, de prévention des risques, de transparence et d’information.
Des charges payées pendant des années
Pendant de nombreuses années, j’ai payé mes charges sans retard et sans contestation. J’ai toujours considéré qu’il était normal de contribuer aux dépenses communes dès lors que celles-ci servaient effectivement l’intérêt collectif et la bonne conservation de notre patrimoine.
Aujourd’hui, j’ai décidé, à titre exceptionnel et provisoire, de suspendre le paiement de mes charges.
Cette décision n’a pas été prise à la légère. Elle ne résulte ni d’une difficulté financière ni d’un refus de participer aux dépenses communes. Elle est la conséquence d’une accumulation de manquements graves qui ont progressivement détruit la confiance indispensable au bon fonctionnement d’une copropriété.
Des manquements devenus préoccupants
Parmi ces manquements figurent l’absence d’entretien de certains équipements, le défaut de vigilance face à des situations potentiellement dangereuses, le manque de réactivité face aux alertes des copropriétaires et, plus grave encore, l’existence de risques susceptibles de mettre en danger la sécurité des résidents, des visiteurs et du personnel intervenant sur le site.
Lorsque des installations dégradées présentent des risques d’électrocution, lorsque les anomalies signalées ne sont pas traitées dans des délais raisonnables, lorsque la prévention des risques semble reléguée au second plan, nous ne sommes plus dans le domaine du simple désagrément ou de la mauvaise gestion.
Nous sommes face à une situation qui peut engager la responsabilité de ceux qui ont la charge d’assurer la sécurité et l’entretien des parties communes.
Deux lettres recommandées restées sans réponse
Face à cette situation, j’ai entrepris les démarches qui s’imposaient.
J’ai adressé au syndic deux lettres recommandées avec accusé de réception, dont la dernière constituait un rappel, afin de l’alerter sur ces dangers potentiels et de demander qu’une intervention soit réalisée dans les meilleurs délais.
Je n’ai reçu aucune réponse.
Ce silence est difficile à comprendre et encore plus difficile à accepter. Je n’écrivais pas pour contester une décision mineure ou exprimer un simple mécontentement. J’alertais sur des questions touchant à la sécurité des personnes.
Même en l’absence de solution immédiate, un accusé de réception, une explication ou un engagement d’examiner la situation auraient constitué le minimum attendu d’une gestion responsable.
Une confiance qui ne fonctionne plus dans les deux sens
Lorsqu’un copropriétaire respecte ses obligations pendant des années et que ses alertes restent sans réponse, il est légitime qu’il s’interroge :
Le contrat de confiance fonctionne-t-il encore dans les deux sens ?
À cela s’ajoutent d’autres dysfonctionnements qui alimentent un sentiment croissant de défiance : manque de transparence sur certains sujets, difficultés à obtenir des informations précises, absence de suivi des problèmes signalés et impression que les préoccupations légitimes des copropriétaires sont trop souvent ignorées, voire minimisées.
Des assemblées générales qui devraient être un lieu de dialogue
Les assemblées générales devraient pourtant être le lieu privilégié du dialogue, de l’information, du contrôle et de la reddition des comptes.
Elles devraient permettre aux copropriétaires de poser librement leurs questions, d’obtenir des réponses précises et de débattre sereinement des problèmes affectant la copropriété.
Or, de nombreux copropriétaires ont le sentiment que les questions dérangeantes ne sont pas les bienvenues. Les interventions critiques sont parfois perçues comme des attaques personnelles plutôt que comme l’exercice normal d’un droit de contrôle.
Les débats semblent encadrés de telle manière qu’il devient difficile d’aborder certains sujets de fond ou de demander des explications approfondies sur des problèmes pourtant essentiels.
Quand la contradiction devient suspecte
Par moments, certains copropriétaires ont le sentiment qu’un climat peu favorable à la contradiction s’est installé.
Les opinions conformes semblent tolérées, tandis que les interrogations, les critiques ou les demandes de comptes sont regardées avec suspicion.
Une copropriété saine ne devrait pourtant jamais craindre les questions. Au contraire, elle devrait les encourager, car elles participent à l’amélioration de la gestion collective.
Un ultime moyen d’expression
Dans ces conditions, la suspension du paiement des charges apparaît comme le dernier moyen d’exprimer un désaccord profond face à une situation qui ne cesse de se dégrader.
Personne ne souhaite en arriver là.
Tout copropriétaire préférerait payer ses charges avec la certitude que l’argent versé sert effectivement à entretenir le patrimoine commun, à prévenir les risques, à assurer la sécurité de tous et à préparer l’avenir de la copropriété.
La confiance ne se décrète pas
La confiance ne se décrète pas. Elle se mérite et s’entretient.
Elle repose sur la transparence, l’écoute, le respect des copropriétaires, la prise en compte des alertes et l’accomplissement rigoureux des responsabilités que les copropriétaires ont confiées au syndic.
Lorsqu’un copropriétaire cesse de payer ses charges après des années de contributions régulières, la véritable question n’est peut-être pas de savoir pourquoi il ne paie plus.
La question est plutôt de comprendre ce qui a conduit un copropriétaire respectueux de ses obligations à perdre confiance dans le système au point de considérer cette décision comme son ultime moyen d’expression.
Une question à poser publiquement
À partir de quel moment peut-on considérer que le contrat de confiance est rompu ?
Lorsque les réponses tardent ? Lorsque les problèmes s’accumulent ? Lorsque les alertes restent sans suite ? Ou lorsque la sécurité des personnes elle-même semble ne plus constituer une priorité ?
Chacun se fera sa propre opinion.
Pour ma part, après avoir payé mes charges pendant des années, après avoir signalé des problèmes sérieux et après être resté sans réponse malgré deux lettres recommandées avec accusé de réception, je considère que cette question mérite d’être posée publiquement.
Abdellatif BOUGACHA
Lausanne, le 26 juin 2026
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