Kantaoui n’est plus véritablement adapté au public pour lequel il avait été initialement conçu. Ce constat ne repose pas seulement sur une impression ou sur la nostalgie d’une époque révolue. Il se manifeste concrètement à travers les transformations que connaît progressivement la station, aussi bien dans son architecture que dans ses usages et ses modes de vie.

Des transformations qui ne sont pas anodines

Les modifications que l’on observe aujourd’hui témoignent d’une inadéquation croissante entre la conception originelle de Kantaoui et les nouveaux usages qui s’y sont installés.

Le recours au gaz en remplacement de l’électricité, la transformation de balcons en chambres, la multiplication des antennes paraboliques qui envahissent les toits, ainsi que bien d’autres modifications, en sont des exemples particulièrement visibles.

Pris séparément, chacun de ces changements pourrait sembler secondaire. Mais leur accumulation finit par modifier profondément l’environnement.

Peu à peu, ce n’est pas seulement l’esthétique de Kantaoui qui change : c’est l’esprit même qui avait présidé à sa conception qui s’efface.

L’harmonie architecturale, l’organisation des espaces, le confort recherché et une certaine homogénéité visuelle faisaient partie intégrante du concept initial de la station. Lorsque ces caractéristiques disparaissent progressivement, le lieu ne s’adresse nécessairement plus au même public.

Quand le lieu change, son public change aussi

Cette évolution finit inévitablement par modifier la composition même du public qui fréquente et habite Kantaoui.

Une partie de la clientèle pour laquelle la station avait été initialement conçue, ne s’y reconnaissant plus et ne retrouvant plus le cadre, le confort ou la qualité de vie qu’elle était venue chercher, choisit progressivement de partir.

Elle est alors remplacée par un autre public, dont les attentes, les besoins et les modes de vie peuvent être différents.

Un mécanisme s’installe alors :

les nouveaux usages transforment le cadre ; la transformation du cadre provoque le départ d’une partie du public d’origine ; et son remplacement accélère à son tour l’évolution des usages.

Nous ne sommes donc plus seulement face à quelques modifications immobilières ou esthétiques. Nous assistons à une véritable mutation de l’identité du lieu.

Peut-on vraiment revenir au Kantaoui d’autrefois ?

Pour ceux qui espèrent rendre à Kantaoui son visage d’autrefois, la tâche paraît extrêmement difficile.

Car un lieu ne se transforme pas uniquement par ses bâtiments, ses façades ou ses aménagements. Il évolue également avec les usages, les habitudes et les modes de vie de ceux qui l’occupent.

Une fois ces évolutions profondément installées, il devient illusoire de penser qu’un simple retour aux règles architecturales ou à l’esthétique d’origine suffira à faire renaître le Kantaoui d’autrefois.

On peut certainement restaurer des façades, mieux contrôler certaines transformations, faire respecter des règles communes, limiter les installations qui dénaturent les bâtiments ou encore protéger davantage l’harmonie architecturale.

Mais il existe une limite fondamentale :

On peut réglementer un espace et préserver son architecture ; on ne peut pas décréter les habitudes, les comportements et les modes de vie d’un public.

C’est pourquoi vouloir simplement « remettre Kantaoui comme avant » risque d’être un combat contre une évolution déjà profondément engagée.

La véritable question : quel Kantaoui pour demain ?

Il ne s’agit pas pour autant de considérer que toute évolution est nécessairement négative, ni de porter un jugement sur ceux qui vivent aujourd’hui à Kantaoui.

Le constat est ailleurs : lorsque les usages, le public et l’environnement changent simultanément, l’identité d’un lieu finit elle aussi par changer.

Dès lors, la question essentielle n’est peut-être plus :

« Comment retrouver le Kantaoui d’autrefois ? »

mais plutôt :

« Quel Kantaoui voulons-nous pour demain ? »

Car si le retour pur et simple au passé paraît difficile, il reste possible de réfléchir collectivement à ce qui mérite d’être préservé : la qualité du cadre de vie, l’harmonie architecturale, le respect des espaces communs et l’identité particulière qui a longtemps fait l’attractivité de Kantaoui.

Préserver cet héritage ne signifie pas nécessairement vouloir figer Kantaoui dans le passé. Cela signifie surtout éviter que son évolution ne se fasse sans vision d’ensemble, jusqu’à lui faire perdre ce qui faisait sa singularité.